Le Conseil de Poséidon
Ce fut ma première rédaction en Français au collège, il s'agissait d'écrire une fable, mais il ne fallait pas la faire en vers.
Je m'en suis tiré avec un 9,5/10
Merci à Quichottine pour ses conseils de présentation
Le conseil de Poséidon
Une nuit de nouvelle lune, le Renard et son compère le Chat flânaient dans un bosquet.
Leur sentier sinueux finit par déboucher sur un torrent dont la surface limpide, ridée par le doux zéphir, était agitée et rebelle.
Toute personne sensée ne s’y serait jamais risquée, mais compère le Renard et son compagnon le Chat savaient que la rive opposée regorgeait de gibier.
Ils s’arrêtèrent devant l’obstacle inattendu dès qu’ils l’eurent atteint, envisageant presque de faire demi-tour malgré leur ambition qui les avait guidés jusqu’ici.
Soudain, le sombre dôme céleste s’illumina sans modérer sa lumière. Du cours d’eau se dégagea une silhouette titanesque au buste droit et au visage endurci. Malgré sa barbe opaline, l’érosion du temps n’avait pas creusé son profil.
D’une voix sonore, le personnage qui se révélait être Poséidon, décréta : « Vous qui voulez traverser ce torrent, votre imprudence m’ébahit tout autant que votre persévérance, c’est pourquoi je vais vous faire part de mes dires qui vous seront cruciaux : si vous voulez ressortir vivants de ce périple, n’utilisez pas le pont qui chevauche maladroitement ces eaux ; il est rudimentaire et fort usagé, empruntez plutôt ces rochers qui forment un gué ! »
Aussi rapidement qu’il s’était matérialisé, le dieu s’estompa dans la nuit d’encre.
Le Renard n’ayant écouté qu’à moitié soutint le regard ambré du Chat qui, avec une agilité féline commença à traverser promptement les pierres entreposées en sentier. Dans le ventre du Renard résonnait la complainte de la faim.
Le galant eut pour conviction de tendre une embuscade à son compère le Chat sur l’autre berge. Bien que l’autre côté de la forêt abondait de gibier, le coquin voulait à tout prix avoir pour festin le corps massif et alléchant du félin.
Le Renard décida de traverser la passerelle, pour atteindre le premier la berge opposée. Dans la nuit sans que le Chat ne l’épie, le drôle monta sur le pont qui surplombait les eaux tumultueuses ; chacun de ses pas se fit dans un grincement suspect du bois malgré le corps svelte du Renard. Les poutres enfoncées qui maintenaient le pont semblaient chanter. Le Chat, quant à lui, d’un pas rythmé passait sans la moindre difficulté sur les pierres humides, parasitées par la mousse.
Il ne restait qu’une dizaine de mètres jusqu’à la rive pour le galant au pelage bistre.
Soudain, les planches trouées du bois s’écartèrent laissant place à un trou béant. Pris par surprise, le Renard sombra dans les flots dans des cris d’agonie.
Le Chat, toujours aussi ingénu, atteignit l’autre rive sans mal, découvrant que son compère s’était enfoui dans le sombre manteau que lui tendait la mort.
Les bons conseils pénètrent jusqu’au cœur des sages ; ils ne font que traverser l’oreille des méchants.
Jadambre, 2 octobre 2008